L’Odyssée est tout simplement un immense film d’aventure épique, et pour moi un véritable blockbuster comme on en fait peut. Christopher Nolan réussit un pari qui était loin d’être gagné : adapter l’un des textes fondateurs les plus célèbres de l’histoire tout en le rendant accessible à un large public, sans jamais en trahir l’essence. Dès les premières minutes, on retrouve la photographie sombre et grisâtre propre au réalisateur. Le film a été tourné intégralement en IMAX, et cela se ressent immédiatement. Même vu en format scope, on perçoit une profondeur de champ et une grande ampleur des reliefs et des images. Les premiers et seconds plans ont un aura incroyable à chaque image, et l’on sent que Nolan a pensé son film pour le très grand écran. L’Autre grande réussite est la narration. Le réalisateur qui comme toujours aime jouer avec les temporalités, raconte ici une histoire pourtant très linéaire d’une manière originale. Il ne mélange pas les époques, mais fait avancer son récit à travers les questions et les témoignages de plusieurs personnages dispersés aux quatre coins du monde. Les différents points de vue s’imbriquent avec beaucoup de fluidité et permettent de maintenir un rythme constant pendant près de trois heures, sans que l’on voie le temps passer. À aucun moment je n’ai eu envie de regarder mon téléphone pour voir l’heure. Il se passe toujours quelque chose, et même les longues scènes de dialogues servent les révélations qui suivent. Pour moi, l’écriture du scénario est une réussite totale. Visuellement, le film impressionne également par le soin apporté aux décors. Aujourd’hui, Hollywood abuse souvent des fonds verts. Ici, tout est réel, et ça se voit ! Les plages, les forêts, les collines, les palais Grec… tout est construit en dur, ce qui provoque chez le spectateur une véritable immersion. Les costumes sont eux aussi magnifiques. Le casting est excellent. Matt Damon incarne un Ulysse très convaincant. Son jeu est posé, mais rempli de prestance et d’autorité. On croit immédiatement à ce roi qui traverse les épreuves, non seulement pour rentrer chez lui, mais aussi pour ressortir grandi de son voyage. Derrière la vengeance, le film raconte surtout une véritable rédemption. Son altruisme et son attachement à ses hommes sont très bien retranscrits. Charlize Theron est très juste elle aussi. Zendaya livre une belle prestation, même si son costume et la philosophie de son personnage rappellent parfois un peu trop son rôle dans Dune. Cela ne m’a en revanche, jamais sorti du film. Tom Holland met un peu de temps à trouver son rythme. Je l’ai trouvé légèrement en retrait niveau acting au début, notamment dans ses échanges avec sa mère, mais dès que son personnage part à la recherche de son père, il prend une toute autre dimension. Ça fait plaisir de le voir dans un registre très différent de Spider-Man. Robert Pattinson continue, selon moi, de progresser de film en film. Après The Batman et The Drama, je le trouve encore une fois très juste dans ce rôle de prétendant à la reine, à la fois charismatique, arrogant et finalement bien moins courageux qu’il n’y paraît. Mia Goth, que l’on connaît davantage dans le cinéma d’horreur, surprend agréablement dans un registre elle aussi,totalement différent. Son personnage de servante corrompue fonctionne très bien. Je trouve aussi que tous les personnages sont bien développés. Ils sont nombreux, mais chacun existe réellement. Dès leur première apparition, on comprend qui ils sont, quelles sont leurs intentions, et le film entretient constamment le doute sur les alliances et les éventuelles trahisons. L’un des aspects que j’ai particulièrement appréciés est la fidélité au texte original. Bien sûr, certaines séquences ont été supprimées, mais Christopher Nolan ne fait jamais de concessions sur celles qu’il choisit de raconter. Il assume complètement la dimension mythologique et fantastique du récit. Là où sa trilogie Batman choisit d’ancrer le fantastique dans le réel, L’Odyssée assume le côté science -fiction au maximum. C’est assez nouveau dans sa filmographie, et ça fonctionne remarquablement bien. L’Histoire d’amour est également une belle réussite. Cette attente interminable entre deux êtres qui s’aiment, cette fidélité malgré les années, cette responsabilité liée au royaume… tout cela fonctionne grâce à un excellent jeu d’acteurs. On retrouve presque la pureté des grands contes de notre enfance, sans naïveté. Christopher Nolan transforme cette mythologie en véritable conte pour adultes, raconté entièrement au premier degré. J’ai aussi aimé la façon dont le film actualise discrètement son propos, il évoque la vanité des hommes : un thème qui reste malheureusement très contemporain. Cette modernité s’intègre naturellement au récit, sans jamais trahir Homère. La bande originale accompagne parfaitement les images. Elle reste discrète lorsque c’est nécessaire, sait devenir plus classique, ajoute quelques touches électroniques timides mais bien choisies, et ose même une légère influence urbaine en fin de film. Concernant les polémiques autour du casting, je les trouve franchement injustifiées. Lupita Nyong’o et Elliot Page incarnent très bien leurs personnages. Leur temps de présence à l’écran est relativement limité, ce qui rend certaines critiques encore moins compréhensibles. Personnellement, les voir davantage n’aurait absolument pas nui au film. Et ils prennent toute leur part dans l’iconisation de ces figures mythologiques, donc que les rageux aillent se faire voir ailleurs que chez les Grecs !! Impossible enfin de ne pas évoquer le cheval de Troie, qui a été pour moi le banger du long-métrage. Construit lui aussi physiquement, les séquences sont exactement telle qu’on peut les imaginer en lisant les textes fondateurs. J’ai également beaucoup aimé la manière dont le film a su donner un sens à certains éléments de sa communication, notamment cette fameuse tête de statue découpée aperçue sur les affiches teaser qui est reliée directement au destin d’un personnage. Sans en dévoiler plus, j’ai trouvé cette mise en abîme particulièrement intelligente. L’éclairage mérite aussi d’être salué. Les scènes éclairées à la bougie sont magnifiques, tandis que les extérieurs en plein soleil offrent une beauté visuelle rarement atteinte dans un blockbuster de Nolan. Il prouve qu’il sait aussi filmer la lumière lorsqu’il le souhaite. Au final, le réalisateur d’Inception et Oppenheimer réussit à rendre accessible un texte fondateur parfois difficile à aborder dans sa forme écrite originale. Il adapte son écriture pour le cinéma moderne, avec quelques codes plus hollywoodiens, en gardant sa vision d’auteur, sans jamais trahir le matériau d’origine. Pour moi, L’Odyssée est un immense spectacle de cinéma. C’est exactement le genre de film qui justifie de payer un supplément pour une séance Imax tant chaque plan est bien pensé pour ce format. Ce film est généreux, ambitieux, spectaculaire, humain et visuellement efficace. Aujourd’hui, c’est mon coup de cœur de l’année, juste derrière Obsession. Ce sont deux films totalement différents, mais j’y retrouve dans les deux cette sensation sincère de faire du grand cinéma. Ça va cartonner de fou, et ça en a le mérite. Et je terminerai par une pensée pour Christopher Nolan. S’il y a bien un film où il m’avait perdu avec sa narration incompréhensible , c’était Tenet auquel je n’ai toujours rien compris. Ici, il réussit exactement l’inverse : raconter une histoire complexe sans jamais perdre le spectateur. Un film qui va fédéré car nous avons tous un lien avec ces récits bibliques. La dimension qu’ils prennent grâce à ce film est inédite et restera, j’en suis persuadé, gravée dans l’histoire du cinéma américain.