Après une saison consacrée à Ed Gein que j’avais trouvée redoutablement efficace, cruelle et malsaine, l’anthologie Monster revient avec une nouvelle histoire inspirée d’un fait divers réel : celui de Lizzie Borden, accusée d’avoir tué son père et sa belle-mère à coups de hache.

Netflix a choisi de publier l’intégralité de cette nouvelle saison, composée de 7 épisodes, le 17 septembre 2026. Une sortie qui ressemble déjà à un lancement spécial Halloween, même si elle arrive finalement avec un mois d’avance.

Et malheureusement, malgré de nombreuses qualités, cette saison est celle que j’ai le moins aimée parmi les différentes histoires racontées par l’anthologie "Monster".

Une mise en scène soignée, mais parfois trop intimiste !

La mise en scène est plutôt réussie. La série possède une véritable identité visuelle et adopte une approche je le disais, très intimiste. Elle utilise énormément de plans serrés sur les visages, afin de capter les réactions et les émotions des personnages. Le problème, c’est que cette méthode finit parfois par devenir un peu répétitive. À force d’enchaîner les gros plans, j’ai trouvé que la mise en scène perdait en dynamisme. Ce qui peut fonctionner sur quelques scènes devient parfois assez pesant sur la durée.

Les décors, les costumes et l’ambiance historique sont néanmoins très réussis. La série possède un vrai soin esthétique et un aspect cinématographique, comme les précédentes saisons de Monster. Le montage est maîtrisé, et l’ensemble bénéficie d’une véritable direction artistique.

En revanche, j’ai été moins convaincu par l’étalonnage et la colorimétrie. La série se veut assez lumineuse mais trop jaunâtre , en plus dans certaines scènes où j’aurais aimé ressentir davantage de noirceur. Les séquences nocturnes, les scènes éclairées à la bougie et les histoires horrifiques racontées aux personnages sont finalement les passages où l’esthétique et l'éclairage fonctionnent le mieux. Dès que la série assume une atmosphère plus sombre, elle devient beaucoup plus intéressante visuellement.

Le principal point fort de la série reste, pour moi, son écriture.

Monster: The Lizzie Borden Story ne se contente pas de raconter l’affaire Lizzie Borden. Elle met en parallèle plusieurs femmes, plusieurs époques et plusieurs manières de se révolter contre un système.

La série utilise notamment des histoires fictives, comme celle autour d’Élisabeth Bathory, mais aussi un autre personnage féminin situé dans les années 1980. Ces récits permettent de créer une véritable mise en abyme autour de la condition féminine, de la violence, et de la domination masculine.

La série pose également une question centrale : peut-on se faire justice soi-même ? Peut-on accorder une forme de rédemption à des femmes qui ont tué leur bourreau ? Est-ce que le fait d’avoir subi des horreurs peut justifier une réponse elle-même horrifique ? Et surtout, où doit-on placer la limite entre comprendre un acte et l’excuser ? Ce sont des questions très intéressantes, et la série les traite avec intelligence.

On retrouve d’ailleurs une idée déjà présente dans les autres saisons de Monster : celle de personnages ayant commis des actes abominables, mais dont l’environnement, les traumatismes et les conditions de vie permettent au spectateur de "comprendre" comment ils ont pu basculer. Avec Lizzie Borden, cette réflexion est encore plus frontale. La série nous présente une jeune femme très ambitieuse, rabaissée, insultée mais également très effacée et rêveuse en apparence. Plus les épisodes avancent, plus on comprend les raisons de son comportement. Il y a également une dimension presque christique autour de la souffrance, de la faute et du pardon. La série semble finalement chercher moins à savoir si Lizzie est coupable qu’à comprendre ce que la violence a fait d’elle. Le pardon devient une manière de refermer le récit et de donner un sens à tout ce qui a été montré.

C’est une écriture qui possède donc une vraie richesse. Mais elle est aussi freinée par un rythme trop irrégulier. Il y a des longueurs et un manque cruel de tension à mon goût sur l'ensemble de la saison. Il y a régulièrement des moments de flottement, des scènes qui s’étirent et des épisodes qui donnent parfois l’impression de tourner autour de leur sujet. Le problème est d’autant plus dommageable que l’histoire de Lizzie Borden aurait pu s'y prêter beaucoup plus.

Le projet des meurtres est connu dès le début. La saison nous montre rapidement dans quelle direction elle souhaite aller, et choisit même de rendre Lizzie coupable, alors que dans la réalité elle a été acquittée. Cette décision pouvait être intéressante, mais elle nécessitait une vraie montée en tension. Or, la série ne cherche pas suffisamment à installer le doute ou le suspense. Les événements semblent parfois trop annoncés, ce qui fait que les scènes censées être choquantes ne provoquent pas réellement de tension ou de peur.

Il y a bien quelques passages gores et viscéraux. On voit quelques éléments sanglants et des scènes assez graphiques, mais trop peu nombreux sur la saison. Après une saison consacrée à Ed Gein, que j’avais trouvée beaucoup plus malsaine, stressante et dérangeante, je m’attendais à retrouver cette même capacité à nous secouer. Mais ce n’est pas le cas. Je n’ai pas eu peur, et même lorsque la série nous montre des scènes violentes, elles ne produisent pas toujours l’impact attendu.

Un casting globalement convaincant

Le casting est, dans l’ensemble, une réussite. Ella Beatty, que je découvre ici, retranscrit assez bien la personnalité de Lizzie Borden. Elle parvient à donner au personnage une apparence ordinaire, ce qui correspond plutôt bien à l’image historique que l’on peut avoir de Lizzie. Elle possède du charme, mais ne correspond pas forcément aux standards de beauté hollywoodiens classiques. Et c’est une bonne chose, car cela permet de conserver une forme de crédibilité. Lizzie Borden n’était pas une héroïne glamour de fiction : c’était une femme ordinaire placée au centre d’une affaire extraordinaire.

Le père de Lizzie est également bien interprété, même si j’ai parfois trouvé que le curseur était placé un peu trop haut. Le personnage essaie régulièrement de se présenter comme une victime en tant qu’homme, mais certaines scènes deviennent peu crédibles à force d’insister sur cet aspect. On comprend toutefois très bien qu’il n’a pratiquement aucune affection pour Lizzie, contrairement à Emma, sa sœur, qui semble beaucoup plus appréciée par son père et sa belle-mère.

Illustration de la critique

Et c’est justement cette belle-mère qui m’a le moins convaincu. Elle est au centre du traumatisme de Lizzie. On comprend qu’elle est frustrée, intéressée par l’argent et qu’elle vit mal sa stérilité. Mais dans son interprétation, elle ressemble parfois davantage à une marâtre de conte Disney qu’à une femme réellement crédible. Elle est méchante, manipulatrice et cruelle, mais le personnage manque parfois de nuances. Cela retire une partie de la dramaturgie de ce que Lizzie a vécu. Lizzie semble réellement avoir été maltraitée dans cette famille, mais la manière dont la belle-mère est écrite et interprétée rend parfois ces violences trop artificielles.

On ressent l’intention du scénario, mais pas toujours l’authenticité que j’aurais espérée. Une relation amoureuse intéressante, mais des anachronismes discutables La série invente également une relation fraternelle et intime entre Lizzie et la domestique. Cette partie est totalement fictionnelle, mais je l’ai trouvée belle et intéressante. Elle permet de donner à Lizzie un espace de liberté et de tendresse dans un environnement où elle est constamment étouffée. Cette relation fonctionne aussi comme une nouvelle manière de parler de la condition des femmes et des contraintes sociales de l’époque.

En revanche, j’ai eu plus de mal avec certaines tentatives d’ancrer les personnages historiques dans notre époque. La série utilise par exemple beaucoup de morceaux pop et disco des années 1980. Certains titres fonctionnent très bien, notamment lors de la scène de danse dans le pigeonnier entre Lizzie et la domestique. Mais cette scène reprend aussi de manière assez évidente les mouvements de la danse de Wednesday dans la série Mercredi. Netflix semble vouloir recréer une tendance qui a déjà été largement exploitée, et je trouve que ce clin d’œil est sans grand intérêt. Il aurait été préférable de laisser cette danse appartenir au personnage de Wednesday, plutôt que de tenter de la réactiver dans une autre production. Lorsque l’on raconte une histoire d’époque, j’ai du mal avec ce mélange entre authenticité historique et codes contemporains. La série assume déjà une très grande part de fiction : elle n’avait peut-être pas besoin d’ajouter ce type d’anachronismes pour parler au public actuel.

Une relecture plus sérieuse de l’affaire Lizzie Borden

Illustration de la critique

J’ai toutefois beaucoup apprécié la manière dont cette saison se distingue des précédentes adaptations. Le téléfilm avec Christina Ricci, ainsi que la série The Lizzie Borden Chronicles, prenaient rapidement beaucoup de libertés avec l’histoire originale. La série dérivée conservait principalement le nom de Lizzie Borden et quelques éléments de base avant d’inventer totalement la suite de sa vie après le procès. Ici, Netflix réussit davantage à intégrer les faits connus de l’affaire. La série reprend les éléments associés à Lizzie Borden, à sa famille, à l’enquête et au procès. Elle évoque aussi les différentes théories et légendes qui entourent encore cette histoire. Il faut toutefois rappeler que Lizzie Borden a été acquittée dans la réalité. Plus d’un siècle plus tard, aucune preuve définitive n’a permis d’établir officiellement sa culpabilité.

Certaines légendes l’ont condamnée, notamment parce que cette version faisait vendre des livres et entretenait le mythe. Mais si l’on s’en tient aux faits, la question reste encore ouverte. La série choisit donc volontairement une version fictionnelle dans laquelle Lizzie est coupable. Elle s’arrange avec la réalité pour donner une cohérence à cette hypothèse : si Lizzie a réellement subi toutes ces humiliations, toutes ces violences et toutes ces injustices, alors peut-être aurait-elle voulu donner une leçon à sa famille.

Cette décision fonctionne pour raconter une histoire, mais elle reste une interprétation. La série ne prétend pas véritablement résoudre l’affaire : elle imagine une réponse. J’ai également beaucoup aimé le personnage de l’actrice de théâtre. Elle représente une autre catégorie de femmes, qui utilisent leur charme et leur image pour avancer dans une société dominée par les hommes. Elle est presque une sorte de Rita Skeeter de l’affaire Lizzie Borden. Elle possède un côté très théâtral et médiatique, tout en évoquant la figure d’une star comme Marilyn Monroe. Ce personnage permet encore une fois de montrer différentes manières, pour les femmes, de survivre et de s’imposer.

La série possède les ingrédients du genre : les meurtres, le sang, les légendes, la folie, les secrets de famille et les personnages tourmentés. Pourtant, elle ne va presque jamais à fond dans ces directions. Elle préfère être une série d’époque, dramatique et psychologique, avec quelques éléments horrifiques, plutôt qu’une véritable œuvre horrifique.

Au final, j’ai aimé cette saison de Monster, mais je reste déçu. Les qualités sont là : la mise en scène, les décors, les costumes, les personnages, l’écriture et les réflexions sur la condition féminine sont souvent très intéressants. La série pose aussi des questions importantes sur la justice, la vengeance, la rédemption et la manière dont on regarde les femmes qui se défendent contre ceux qui les ont maltraitées. Et en 2026, le fait de continuer à porter ce genre de message reste évidemment pertinent. La série rappelle que certains hommes ont encore beaucoup de progrès à faire, non seulement dans leur compassion envers les femmes, mais surtout dans l’estime qu’ils leur accordent.

Est-ce que je recommande la série ? Oui.

Est-ce qu’il y a des longueurs ? Oui.

Est-ce que ça fait peur ? Pas vraiment.

Est-ce que c’est bien joué et bien réalisé ? Globalement, oui.

Est-ce que c’est la meilleure saison de l’anthologie Monster ? Certainement pas.